Intérim en Suisse : quels sont vos droits comme frontalier ?

Une agence suisse vous propose une mission pour le lendemain. Tout va vite — précisément le moment de vérifier qui vous emploie, combien d'heures sont garanties et ce que contient réellement le taux horaire annoncé.

Travaillermis à jour juillet 2026

L'essentiel en 30 secondes

  • L'agence est votre employeur : elle signe le contrat, verse le salaire et gère les assurances. L'entreprise cliente, elle, dirige votre travail au quotidien.
  • Une inscription ou un contrat-cadre ne garantit ni mission ni salaire : chaque affectation se règle par un contrat de mission écrit, à obtenir avant la première heure.
  • Vérifiez l'agence dans le registre officiel du SECO : la location de services est soumise à autorisation — et louer vers la Suisse du personnel recruté à l'étranger est interdit.
  • Le salaire suit une hiérarchie : CCT de l'entreprise cliente, minimum cantonal s'il est plus élevé, socle de la CCT Location de services — en 2026, de 21,22 à 27,62 CHF/h de base selon qualification et région.
  • Gardez contrats, relevés d'heures et fiches de paie : ce sont eux qui décident des heures dues, du délai de congé et de vos droits à la fin.

Intérim, placement fixe, CDD : qui est votre employeur ?

Dans une mission d'intérim, trois acteurs interviennent : vous, l'agence suisse — le « bailleur de services », juridiquement votre employeur — et l'entreprise cliente, qui organise le poste et contrôle les horaires. Dans un placement fixe, l'agence vous présente à une entreprise qui devient ensuite votre employeur ; dans un CDD ou un contrat saisonnier direct, vous signez avec l'entreprise elle-même. Les règles propres à l'intérim ne s'appliquent donc pas à tous les contrats courts.

Vérifier que l'agence est autorisée

La location de services est soumise à autorisation en Suisse : autorisation cantonale, plus une autorisation fédérale du SECO pour les activités transfrontalières. Le registre officiel du SECO recense plus de 7 400 entreprises autorisées — et la loi est nette : « La location en Suisse de services de personnel recruté à l'étranger n'est pas autorisée » (art. 12 LSE). Une agence française ne peut donc pas vous employer en France puis louer directement votre travail à une entreprise suisse : l'entité qui signe votre contrat doit être une agence suisse autorisée.

  • Avant d'envoyer passeport, RIB ou numéro AVS : recherchez la raison sociale exacte dans le registre du SECO.
  • Vérifiez que l'autorisation couvre bien la location de services, pas seulement le placement.
  • Contrôlez que l'entité et l'adresse du contrat correspondent à celles du registre.
  • Notre annuaire des agences d'intérim vous aide à trouver les agences par canton — le registre du SECO reste la vérification juridique de référence.

Deux documents avant la première heure

Le contrat-cadre fixe les règles communes aux missions de l'agence : paiement, vacances, maladie, accident, délais de congé, convention collective applicable. Il permet votre inscription dans le fichier de l'agence — mais il ne réserve aucune mission et ne crée pas, à lui seul, un droit au salaire entre deux affectations.

Le contrat de mission décrit l'affectation précise. La loi impose un contrat écrit qui indique notamment : l'entreprise cliente, le lieu et la fonction, la date de début, la durée ou le délai de congé, l'horaire, le salaire avec suppléments et retenues, les prestations en cas d'heures supplémentaires, de maladie et d'accident, et les dates de paiement (art. 19 LSE). Obtenez votre exemplaire avant la première prise de poste : une mission urgente n'est pas une raison de travailler avec un taux convenu par téléphone.

Permis G ou simple annonce ?

Ressortissant français (UE/AELE) résidant en France
Durée cumulée de l'activité en SuisseFormalité
Jusqu'à 3 mois dans l'année civileProcédure d'annonce en ligne, sans permis G — c'est l'employeur qui la fait, avant le premier jour
Plus de 3 mois, moins d'un anPermis G valable pour la durée du contrat
Un an ou plus, ou durée indéterminéePermis G, en général valable 5 ans

La procédure du permis G varie selon le canton — le détail est dans Le permis G, comment ça marche ?. Point de vigilance propre à l'intérim : plusieurs missions courtes peuvent finir par dépasser le seuil annuel des 3 mois. Signalez à chaque agence les périodes déjà travaillées en Suisse dans l'année — c'est elle qui doit faire la formalité, mais c'est vous qui connaissez votre compteur.

Quel salaire minimum s'applique ?

Il n'existe pas un taux unique pour tous les intérimaires : trois niveaux peuvent se superposer, et c'est le plus favorable qui gagne. 1. La CCT de l'entreprise cliente, lorsqu'elle est étendue : ses règles de salaire et de durée du travail s'appliquent à vous aussi. 2. Un salaire minimum cantonal (Genève, Neuchâtel…), qui s'impose lorsqu'il est plus élevé. 3. À défaut, le socle de la CCT Location de services, étendue à toute la Suisse et en vigueur jusqu'au 31 décembre 2027.

Salaires de base 2026 de la CCT Location de services (bruts, avant indemnités vacances, jours fériés et 13e — arrêté du Conseil fédéral du 11.12.2025)
CatégorieRégion normaleRégion de hauts salaires
Sans formation professionnelle reconnue21,22 CHF/h22,39 CHF/h
Employé spécialisé22,76 CHF/h24,30 CHF/h
Avec formation professionnelle reconnue25,86 CHF/h27,62 CHF/h
  • « Spécialisé » : au moins quatre années de pratique dans l'activité exercée (pour laquelle une formation existe), avec au moins 1 000 heures travaillées par année civile. Son minimum vaut 88 % de celui des qualifiés.
  • « Avec formation » : CFC de la branche, formation d'au moins 3 ans appropriée au poste, ou AFP avec 3 ans de pratique. Envoyez diplôme français et certificats de travail, puis demandez la catégorie retenue par écrit (elle doit figurer dans le contrat).
  • La région dépend du lieu du client, pas de votre domicile ni du siège de l'agence. Les zones de hauts salaires couvrent les cantons de Genève, Bâle-Ville, Bâle-Campagne et Zurich, plus l'agglomération de Berne et l'arc lémanique — définis commune par commune dans une annexe : ne les déduisez pas du seul canton.

Décomposer le taux horaire — et compter les heures dues

Demandez toujours la décomposition du taux annoncé. Sous la CCT Location de services, la paie comprend :

  • le salaire de base ;
  • les vacances : 8,33 % (10,6 % jusqu'à 20 ans et dès 50 ans) ;
  • le 13e salaire : 8,33 %, acquis au prorata ;
  • les jours fériés : forfait possible de 3,2 %, avec un droit qui s'ouvre après 13 semaines — sauf le 1er août, indemnisé dès le premier jour de travail s'il tombe un jour ouvrable ;
  • les suppléments de nuit, de dimanche ou d'heures supplémentaires ;
  • les frais, séparés du salaire.

Le salaire est versé au moins chaque mois, au plus tard le 5 du mois suivant. Les missions auprès de la même agence sur les douze derniers mois s'additionnent pour vos droits d'ancienneté (jours fériés, délais de congé, LPP…). Pour lire chaque décompte ligne par ligne : Que va-t-il rester de mon salaire suisse ?.

Côté durée du travail, la CCT prévoit 42 heures normales par semaine ; les heures 43 à 45 sont payées sans supplément ou compensées 1:1 ; au-delà de 9,5 h par jour ou de 45 h par semaine, majoration de 25 %. Travail du dimanche : +50 % ; travail de nuit occasionnel (23 h–6 h) : +25 %. Les suppléments ne se cumulent pas : c'est le barème le plus élevé qui s'applique. Une CCT sectorielle prioritaire chez le client peut prévoir d'autres règles.

Période d'essai et fin de mission

Règles de la CCT Location de services (travail temporaire)
SituationRègle
Mission à durée déterminéeTemps d'essai : les deux premiers tiers, au maximum 3 mois
Pendant le temps d'essaiDélai de congé de 2 jours ouvrables
Engagement indéterminé, mois 1 à 32 jours ouvrables
Mois 4 à 67 jours
Dès le 7e mois1 mois, pour le même jour du mois suivant

Une mission à durée déterminée prend normalement fin au terme prévu — elle ne se quitte pas librement avant, sauf clause, accord des parties ou motif légal. Le contrat-cadre ne vous oblige pas à accepter la mission suivante, et n'oblige pas l'agence à en proposer une : chaque affectation suppose votre accord. Un salaire entre deux missions n'existe que si un véritable contrat durable le garantit expressément.

Maladie, accident, LPP : qui couvre quoi ?

  • Maladie : prévenez le client pour l'organisation du poste, puis l'agence — c'est elle votre employeur. La CCT garantit au moins 80 % du salaire moyen dès 25 % d'incapacité, après 2 jours ouvrables de carence au plus ; la durée d'indemnisation (de 60 à 720 jours) dépend de votre situation — demandez le résumé de l'assurance, il doit vous être remis.
  • Accident : les accidents professionnels sont couverts dès la première heure de mission ; les accidents non professionnels suivent les règles LAA habituelles (dès 8 h de travail par semaine). Déclarez tout accident à l'agence, même survenu chez le client — et le client doit vous fournir gratuitement les équipements de protection du poste.
  • LPP (2e pilier) : affiliation dès le premier jour pour un contrat indéterminé ou de plus de 3 mois — et aussi, quelle que soit la durée, si vous avez des enfants à charge. Contrat de 3 mois ou moins : pas d'obligation au départ, mais l'affiliation devient obligatoire dès qu'une prolongation au-delà de 3 mois est connue, et dans tous les cas dès la 14e semaine. Les missions de la même agence sur 12 mois s'additionnent : demandez la date d'affiliation et le nom de la caisse quand elles s'enchaînent.

Les documents à récupérer à la fin

  • Le dernier décompte, avec le solde de vacances et le 13e salaire au prorata.
  • Les contrats et relevés d'heures — vos preuves en cas de litige.
  • Un certificat de travail, ou au minimum une attestation de fonction et de durée.
  • Le certificat annuel de salaire (pour vos impôts) et les attestations employeur utiles au chômage.
  • Le document européen PD U1, qui récapitule vos périodes suisses pour un dossier de chômage en France : l'agence fournit les données, l'institution suisse compétente établit le formulaire.

Une période sans nouvelle mission ne crée ni salaire automatique ni indemnisation immédiate : la réponse dépend du contrat qui vient de se terminer et de vos droits. Le circuit complet est dans Chômage du frontalier : qui paie et quelles démarches ?.

Vos questions

Le client me renvoie faute de travail : suis-je payé ?

Si le contrat garantit un nombre d'heures, elles restent en principe dues — le manque de travail relève de l'employeur. Prévenez l'agence immédiatement et gardez la preuve que vous étiez disponible. Une clause d'horaire variable, en revanche, se lit à la lettre : d'où l'importance du minimum d'heures écrit.

Puis-je refuser la mission suivante ?

Oui. Une inscription ou un contrat-cadre ne vaut pas acceptation permanente : chaque nouvelle mission suppose votre accord sur ses conditions. Symétriquement, l'agence n'est pas tenue de vous en proposer une.

Mon diplôme français suffit-il pour être classé « avec formation » ?

L'agence doit examiner si votre formation correspond au poste : la CCT reconnaît un CFC de la branche, une formation d'au moins 3 ans appropriée, ou une AFP avec 3 ans de pratique. Envoyez diplôme et certificats, et demandez le classement par écrit. La reconnaissance officielle, elle, ne concerne que les professions réglementées — voir Mon diplôme français est-il reconnu en Suisse ?.

L'intérim change-t-il mes impôts ou mon choix LAMal/CMU ?

Non. Vous restez salarié d'un employeur suisse : l'impôt à la source, le droit d'option LAMal/CMU et les règles ordinaires du frontalier s'appliquent comme pour n'importe quel contrat. Seule vigilance : le lieu réel de la mission peut différer du siège de l'agence — c'est lui qui compte pour la CCT et le minimum cantonal.

Pour vérifier & approfondir

Les règles et les montants évoluent. Ces sources font foi — nos guides vous y orientent.

Continuez votre chemin

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